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Juillet 2006

Profession : Psychothérapeute…

Après plusieurs années écoulées en commissions, comités, consultations, groupes de travail et adoptions de lois, il semble que nous soyons enfin à quelques pas de la ligne d’arrivée en ce qui concerne le dossier de la réserve du titre de psychothérapeute. En effet, après le travail remarquable effectué par le comité d’experts présidé par le Dr Jean-Bernard Trudeau, nous pouvons espérer qu’une réglementation concernant l’usage professionnel et réservé du titre de psychothérapeute soit bientôt confirmée par l’adoption d’une loi… Règlement qui, tel que proposé par  le comité d’experts, devrait confirmer le statut professionnel des membres de la SQPP.

Après avoir rendu public le rapport du comité d’experts « Partageons nos compétences : Modernisation de la pratique professionnelle en santé mentale et en relations humaines », l’Office des professions a invité les partenaires et organismes concernés à réagir aux recommandations élaborées par le comité. L’Office des professions analyse actuellement l’ensemble des commentaires reçus et un texte de loi devrait découler de cet exercice pour être d’abord étudié en commission parlementaire, puis soumis au vote de l’assemblée nationale à la session d’automne 2006. Vous pourrez lire ci-dessous le texte que nous avons déposé et qui fait état de nos réactions et réflexions suite à la lecture du rapport.

Commentaires de la SQPP sur le rapport du Comité d’experts sur la modernisation
de la pratique professionnelle en santé mentale et en relations humaines

Nous tenons d’abord à dire toute notre appréciation pour le travail accompli par le comité d’experts sur la modernisation de la pratique professionnelle en santé mentale et en relations humaines, et plus particulièrement en ce qui concerne l’encadrement de la pratique de la psychothérapie. La tâche était assurément difficile et d’autant plus méritoire face aux résultats obtenus. Nous adhérons à l’esprit de rigueur, de souplesse et d’ouverture du rapport et nous sommes convaincus que sa mise en application assurera une meilleure protection du public, tout en lui facilitant l’accès à la diversité des approches reconnues en psychothérapie. Pour ce qui est des droits acquis, nous recevons la proposition d’accorder le permis aux membres de la SQPP comme une reconnaissance de la mission que notre société s’est donnée en élaborant, dans l’absence d’un quelconque règlement, des critères et un processus d’admission des plus rigoureux. Nous l’apprécions. Pour nos membres, pour les membres des autres organismes visés ou pour tout praticien répondant aux critères définis par le rapport du comité d’experts, il était essentiel qu’un processus d’intégration des psychothérapeutes compétents non admissibles aux ordres professionnels (PCNA) soit confirmé. Il faudra maintenant s’assurer, dans l’application du règlement, que le statut particulier des PCNA — intégrés au système des ordres professionnels sans en être membres — leur permettra de bénéficier des mêmes privilèges que les psychothérapeutes membres d’ordres professionnels puisqu’ils seront soumis aux mêmes obligations.

Nous accueillons donc positivement le rapport. Les définitions proposées de la psychothérapie et des interventions connexes permettent de clarifier ce qui s’inscrit dans le cadre psychothérapeutique, sans exclure ni favoriser aucune approche reconnue. Ce souci de définir la pratique de la psychothérapie à partir d’un tronc commun autour duquel les différentes approches convergent, tout en se démarquant par les méthodes utilisées, est tout à fait dans la continuité du travail accompli à la SQPP.

Nous sommes aussi en accord avec le corpus des connaissances et des compétences proposé et nous apprécions le principe de modularité qui facilitera la reconnaissance des formations spécifiques à la psychothérapie, qu’elles soient offertes par une université, une école privée ou auprès d’un formateur reconnu. Nous adhérons aussi aux principes d’éclectisme, de souplesse et d’ouverture au développement sur lesquels s’appuie le comité d’experts en ce qui concerne la formation. Par contre, nous nous permettons une mise en garde pour ce qui est de l’éclectisme. Autant nous reconnaissons la nécessité d’une culture générale qui couvre les différents courants qui traversent le champ de la psychothérapie, autant nous tenons à insister, bien qu’il en soit fait mention dans le rapport, sur le fait que le praticien doit pouvoir s’appuyer sur une formation approfondie et complète dans une approche spécifique avant d’y intégrer des éléments d’autres approches, et seulement si l’intervention qui en résulte reste cohérente. On ne pratique pas la psychothérapie avec une culture générale, mais avec des outils et des méthodes rigoureusement intégrés. En ce qui concerne l’intégration, nous sommes déçus qu’aucune mention ne soit faite de critères liés à l’intégration personnelle des apprentissages, que ce soit sous forme de réflexion structurée, de psychothérapie personnelle ou de supervision axée sur le contre-transfert. Bien que toutes les approches n’abordent pas cette question de la même manière, ni ne lui accorde la même importance, il nous semble que tous les psychothérapeutes devraient y être sensibilisés.

Pour ce qui est de la gestion du permis de psychothérapeute, nous avons d’abord été inquiets de lire la proposition à l’effet qu’elle soit confiée à l’Ordre des psychologues du Québec. Nos membres n’ayant jamais perçu l’OPQ comme un fervent défenseur de l’ouverture et de l’interdisciplinarité, cela nous semblait, à première vue, en totale contradiction avec l’esprit du rapport. Par ailleurs, nous n’avons jamais vu le deuxième scénario, soit le morcellement de la pratique dans les différents ordres visés, comme une solution intéressante. Il est vrai qu’au-delà des prises de position qui ont marqué ce long processus qui aboutit maintenant à cette proposition, il serait davantage approprié que les questions relatives à la psychothérapie soient discutées dans un cadre qui facilite le rapprochement entre les psychothérapeutes et les psychologues cliniciens. Plus logique aussi de miser sur les infrastructures et l’expertise de l’OPQ. Une rencontre à l’OPQ a calmé une part de notre inquiétude, pour le reste c’est la création du conseil consultatif interdisciplinaire qui nous rassure. Nous l’aurions souhaité complètement indépendant et exécutif quand nous proposions la création d’un Conseil québécois de la psychothérapie (cf. « Réflexions et propositions soumises à l’Office des professions du Québec dans le cadre des travaux du comité d’experts présidé par le Dr Trudeau), mais la proposition du comité d’experts nous apparaît finalement comme un bon compromis, et définitivement plus intéressant que le deuxième scénario. Il faudra toutefois s’assurer que le conseil conserve l’indépendance et la représentation nécessaires pour qu’il puisse, en tant que comité aviseur, assumer pleinement son rôle de gardien des valeurs prônées par le rapport du comité d’experts dans la mise en application et la mise à jour du règlement. Nous demandons aussi, au moins pendant la période où la reconnaissance des droits acquis sera considérée, qu’une personne-expert représentant les PCNA soit nommée sur le conseil consultatif interdisciplinaire.

Les autres points qui nous viennent à l’esprit à la lecture du rapport pourront être acheminés au conseil consultatif interdisciplinaire qui aura, à travers l’application et l’expérimentation du règlement, à poursuivre le travail de réflexion du comité d’experts. Nous en énumérons ici quelques-uns :

• S’assurer de mettre à contribution l’expertise des associations professionnelles déjà constituées, à commencer par les trois organismes visés par la reconnaissance des droits acquis, que ce soit pour l’examen de dossiers ou pour l’inspection professionnelle.

• Étant donné que la psychothérapie est souvent le fait d’une réorientation de carrière et que des critères de formation seront dorénavant clairement établis, pourquoi, par exemple, un professeur détenant une maîtrise ou un doctorat en pédagogie et ayant suivi tout le cursus proposé par le rapport ne pourrait pas accéder au titre de psychothérapeute? Nous croyons qu’au-delà de la période de reconnaissance des droits acquis, il faudra déterminer des critères permanents qui permettront à des PCNA d’obtenir le titre de psychothérapeute. Autrement, il ne ferait aucun sens que le professeur en question doive en plus faire une formation en travail social ou en ergothérapie pour pouvoir pratiquer la psychothérapie.

• En continuité avec le point précédent, dans l’éventualité où une université offrirait un programme de maîtrise intégrant l’ensemble des critères de formation proposés par le rapport, les détenteurs du diplôme auront-ils accès au permis en tant que PCNA?

• Pour plusieurs PCNA, l’obligation de nommer le diplôme académique devant le mot « psychothérapeute » pourra porter à confusion. Souvent, comme nous le disions plus haut, la psychothérapie est le fait d’une réorientation de carrière et la formation significative qui a permis le changement n’est pas toujours universitaire. Que comprendra le public d’un titre qui serait « maîtrise en bibliothéconomie et psychothérapeute » ? Ou alors, est-ce que le public comprendra que « bac en philosophie et psychothérapeute » est moins avancé que « doctorat en philosophie et psychothérapeute », alors que dans les faits le premier a peut-être beaucoup plus d’années de formation en psychothérapie que le deuxième. Dans d’autres cas, un travailleur social, par exemple, qui pratique la psychothérapie dans une perspective qui n’a plus rien à voir avec sa première profession pourrait ne pas souhaiter associer son « ancien » titre avec le nouveau. Dans tous les cas, surtout, il faudra s’assurer que le titre de psychothérapeute ne prenne pas des allures de « sous-titre ».

• Finalement, en plus d’uniformiser la gestion du permis, il faudra aussi uniformiser l’accès à l’exemption de TPS/TVQ et la possibilité d’émettre des reçus qui soient honorés par les compagnies d’assurance.

Depuis 1991, la SQPP s’est associée à ce grand chantier qui devait mener à la réserve du titre de psychothérapeute. Nous pensons qu’un règlement qui respecterait l’ensemble des propositions contenues dans le rapport du comité d’experts constituerait un aboutissement positif à ce long processus. Il s’agit là d’un grand pas en avant et, bien sûr, il faudra en franchir bien d’autres. La SQPP reste disponible pour poursuivre sa collaboration avec tous les collègues concernés par la pratique de la psychothérapie.

Michel Brais, président

 

 

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